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Monsieur Dupuy ...
aimait avoir du monde autour de lui, il souffrait un peu d'asthme,
mais malgré cela son activité était très grande. Ses grandes
distractions étaient la confection des liqueurs et la surveillance
du jardin. Il aimait qu'on l'aide dans ses occupations et j'étais
heureux de le faire. C'était un homme foncièrement bon et droit,
adoré de ses ouvriers dont il s'occupait avec amour, mouchant les
drôles, aidant les parents. Il était l'âme de la Maison Dupuy
et aimait à parler quelquefois de l'ascension de l'affaire qu'il
avait fait prospérer et qui était arrivée à la réputation et à
la stabilité.
Sa femme, Madame Dupuy avait son mari en grande vénération, elle
s'occupait activement de la surveillance générale de l'usine et
quand les années ayant passé et son fils pris sa place dans la
Maison, elle s'occupait particulièrement des emballages de
confiserie, mallettes, pochons,et boîtes de baptême
Elle aussi était très bonne et quoiqu'un peu
vexée de ne pas s'être rendu compte des sentiments existants entre
sa fille et moi, elle m'accueillit sans arrière-pensées comme gendre
me considérant rapidement comme l'un des siens.
Nous n'avons jamais eu la moindre discussion et pour une fois
il est certain que le gendre et la belle-mère, contrairement à la
coutume s'aimaient bien..
Dans la fin de sa vie elle se retira avec sa bonne,
Maria, rue St Roch puis à Chavagnes chez les bonnes-soeurs où elle
nous recevait de temps en temps avec les petits-enfants.
Elle était bien un peu effrayée du rythme accéléré des
naissances chez ses deux enfants mais finissait par sourire quand on
lui faisait remarquer qu'elle-même avait eu cinq enfants. En effet,
outre Georges, Louise et Marthe elle avait perdu une fille de 20 ans
et un autre enfant mort quelques mois après sa naissance.
Elle aimait beaucoup ses petits-enfants et, malgré son
âge et leur turbulence, était heureuse de les avoir autour d'elle.
Quand ils étaient par trop bruyants, elle essayait de se fâcher mais
ses remontrances se terminaient toujours par un sourire de bonté.
Aussi les enfants en profitaient-ils pour ne pas trop s'émouvoir
quand elle faisait les gros yeux.
Elle nous avait abandonné tout son avoir, se fiant à
nous pour son entretien.
Elle vécut jusqu'en 1926 et terminait sa vie comme elle l'avait
toujours désiré sans longue maladie et sans grandes souffrances.Au point de vue politique celle de son mari était la sienne. Quant
au côté religieux elle ne manquait jamais la messe et plus elle
avançait en âge plus sa confiance en Dieu était grande.
Comme
son mari elle fut regrettée de tous et particulièrement des siens
et, personnellement, je fus très peiné de sa disparition, la
considérant plus comme une mère que comme une belle-mère.
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