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Monsieur Frédéric
1882-1960
(Extrait d'un
texte de Alain HUAULT)

Il faut que
je parle plus longuement de mon grand'père Frédéric Huault que je découvre plus
intimement à la transcription de ses mémoires.
Avoir eu avec soi ce vieillard et avoir négligé tout ce
trésor des temps anciens, l'avoir même évité tant à nos yeux il apparaissait
sévère, triste et peu enclins aux familiarités.
Parfois à la fin d'un repas, l'on sentait bien, pour peu
qu'on l'y encourageât qu'il allait se livrer à quelques confidences; mais, se
doutant que son discours ne nous intéressait que par pure courtoisie, il se
renfermait et restait sur son quant-à-soi. Il faut dire que souvent ses narrations n'étaient pas
inédites.
C'était un grand et bel homme, svelte, toujours revêtu d'un
de ses costumes trois pièces. Une chaîne de montre portant une médaille de
Lourdes barrait son gilet. Au revers de sa veste le ruban de Chevalier de la
Légion d'Honneur. Il était très soigné et avait de longues et belles mains dont
l'annulaire gauche s'ornait d'une améthyste. Pour sortir il portait un béret
basque "à l’ancien combattant" ou pour les plus grandes occasions un chapeau
noir.
Sur toutes les photos du jeune temps je le trouve très beau
et je vois dans les notes de ses supérieurs militaires pour sa promotion cette
mention "belle allure, digne d'être officier".
De son arrière grand'père, Pierre-Frédéric Huault, et, plus
sûrement encore de son père Eugène Huault, il avait hérité une certaine
nonchalance stylée. Soit dit en passant et sans leur manquer de respect, Eugène
à deux reprises et Frédéric avaient épousé des femmes riches leur apportant
indépendance et moyens de satisfaire leurs passions : chasse, pêche, peinture,
collection de coléoptères etc. le tout sans excès en Gentilshommes, sachant
vivre.
Ah! J'oubliais il faisait des vers de mirliton qu'il signait
Freddy.
Pour l'avoir vu, pour l'avoir lu, je crois avoir compris de
son caractère qu'il n'adorait pas les problèmes, les décisions. Il détestait la
ville et l’industrie. Il avait probablement besoin pour s'épanouir d'un
encadrement avec des règles de vie strictes d'où, son regret de la vie monacale
de St Rémy, de l'Armée et de la grande guerre, ses retraites fréquentes à
l'Abbaye de Ligugé. A cet égard, la vie de l'Houmeau, si bien réglée sous
l'autorité affectueuse et "pertinente" de ma Grand'mère, lui convenait. Sa
préférence avouée pour les femmes plus âgés que lui participe aussi de ce
caractère. Sa passion pour la chasse suffisait à combler ce besoin d'imprévu et
d'aventure qui est en chacun de nous.
Malheureusement lorsque je fus en âge de le comprendre mieux,
c'était un homme brisé. La défaite de l'Armée Française en 40, lui l'ancien
combattant de 1914, l'échec du mariage de ses enfants, leurs maladies,(3 fils
tuberculeux) le décès jeune de l'un d'eux, Jean, pour finir la mort de ma
grand'mère le laissèrent en quelque sorte, en l'absence de goût pour la
lecture, abandonné à l'écoute de la T.S.F. et à une pratique quotidienne mais
discrète et sincère de sa religion.
Je crois qu'il aurait été heureux de voir ses petits-enfants passer à côté des
épreuves connues par ses enfants, la guerre et les désordres moraux consécutifs,
les maladies. Je lui suis reconnaissant de m'avoir accueilli et encouragé
lorsque je décidai de revenir à Angoulême en 1953 et d'avoir reçu Jacqueline
dans la famille avec tant de gentillesse, d'avoir même lors de notre mariage
rappelé qu'il s'était lui-même marié dans la même église 50 ans plus tôt,
affichant ainsi une émotion dont il était ni démonstratif ni prodigue.
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