Page
d'accueil

 

 

 

Page sur Marc DESNOYER
né en 1710, tué le 20 novembre 1762

marié à Marie OVION
née le 27juillet 1711

 

(Extrait des mémoires l'oncle Fortuné VIAU de 1708 à 1852)

Le Grand'père de ma grand'mère maternelle s'appelait DESNOYERS (7),(1710+1762) c'était le plus riche paysan de la paroisse d'Assé (Je lis Assay sur les cartes.A.H.), située dans une plaine fertile, entre RICHELIEU et CHAMPIGNY, près CHINON.
    Comme le plus solvable de la paroisse, DESNOYERS fut nommé collecteur, ce qui veut dire, qu'à ses frais, il devait recueillir la part d'impôt  ou saisir et faire vendre en cas de refus le mobilier, les bestiaux etc.. de ses contemporains. C'était très commode pour le Fermier-Général, mais très fâcheux et souvent très onéreux pour le Collecteur. Après un hiver rigoureux, une mauvaise récolte, maint paysan se retrouvait dans l'impossibilité de payer. Faire vendre, saisir un lit, quelques chaudrons, c'est difficile, c'est impossible pour qui a de la commisération. Maître DESNOYERS lui disait-on, vous connaissez notre misère, si vous m'enlevez ma vache, si vous m'ôtez mon lit, et autres lamentations, que deviendrons-nous? Vous savez que ce n'est pas mauvaise volonté, payez pour nous! si nous pouvons gagner quelque chose, nous vous remettrons aussitôt votre argent. Le bon DESNOYERS payait au Roi, avec sa part de contribution, la part de beaucoup d'autres.

Quand j'étais enfant, j'ai entendu plusieurs fois des bonnes femmes parler des Collecteurs. Il y en avait disaient-elles d'implacables qui prenaient la marmite, l'âne et jusqu'au lit des femmes en couches, quand les pauvres gens ne pouvaient pas payer la Taille , la Capitation, les Cens sous toutes ses formes. A ceux-ci être Collecteur n'était pas chose onéreuse, mais d'autres, et c'était le plus grand nombre y perdaient leurs biens. De là la légende que j'ai ouï conter et dont l'impression et les paroles me sont restées en mémoire :
 

Une excellente petite vieille, lorsque j'avais 9 ans  la contait: "Un Collecteur avait à payer aux gens du Roi la somme à laquelle sa paroisse avait été imposée ; il y avait beaucoup de pauvres gens, si  pauvres que loin de pouvoir payer la Capitation, ils seraient morts de faim, la plupart, si la charité de voisins, mieux pourvus, ne leur était venu en aide; le Collecteur avait bien le droit de saisir, de faire vendre jusqu'à la crémaillère de la cheminée, mais ému de pitié à la vue des pauvres gens affamés, mal vêtus, d'enfants transis de froid et amaigris , il s'en allait les mains vides. Les derniers délais allaient expirer, on allait vendre chez lui, jusqu'à concurrence du parfait paiemen t; depuis bien des années déjà il avait, à cause de son bon-coeur, payé pour ses pauvres voisins, une même, comme les autres années quelque chose. Et puis sa femme était sur le point d'être mère, comment lui avouer sa triste situation, lui dire: "femme, je vais vendre tes vaches...(ses vaches elle les aimait et c'était la meilleure ressource du ménage), ou la maison, ou le jardin ? C'est dur et difficile à dire

La nuit donc, comme il se rendait chez lui, au coin du bois, dans un chemin creux où l'on n'aimait pas passer la nuit, il lui échappa de dire: "ah! si le diable voulait me venir en aide, je ferais bien un pacte avec lui". Aussitôt le diable lui apparut et lui dit: " eh bien! il te faut 60 pistoles, les voilà, (il secouait un sac plein d'écus sonnants), tu me donneras, toi, le premier petit qui naîtra dans ta maison.

        - moi, donner mon enfant! dit la paysan, -jamais- plutôt ma ruine!
        - soit! dit le démon, demain tu seras ruiné!
        - mon Dieu, venez à mon aide! dit le paysan,

               Alors le diable se mit à ricaner, à dire des impiétés qu'un chrétien ne doit pas redire.
               Le pauvre Collecteur, presque fou de désespoir, voyant déjà par la pensée l'huissier et la "misère à sa suite, prit l'argent.
     Mais, mes enfants, si le père de famille était soulagé, le chrétien était plus à plaindre, plus malheureux qu'avant;  il avait vendu au diable l'enfant qui allait lui naître.
     Quand le pauvre homme rentra dans sa maison, il était plus mort que vif. Sa femme était dans les douleurs de l'enfantement. Un inconnu entra, il était enveloppé d'un manteau, mais la sage-femme vit bien ses pieds fourchus.
     Que demandez-vous ? lui fut-il dit. - J'attends...il fit un signe au Collecteur. Celui-ci, les "cheveux dressés sur la tête, effrayant d'épouvante, sortit.

Le conte finit comme beaucoup d'autres du même genre, le Collecteur entendit le bêlement d'un chevreau qui venait de naître dans son étable; il l'apporta au diable lui disant: "voilà le "premier-né dans ma maison! le diable en grand dépit lui dit: "Tu as été plus fin que moi mais je t'attends l'année prochaine...et quittant son manteau et sa figure humaine, il s'enfuit par la cheminée "en jetant des flammes par les yeux et par la bouche."

Maître DESNOYERS,(1710-1762A.H.) comme l'appelaient ses voisins, était l'un de ceux qui payaient avec leur part , la part de ceux qui ne pouvaient payer; aussi, son patrimoine et les acquêts qu'il avait pu faire avant d'être Collecteur, étaient-ils bien attaqués, quand lui arriva le comble des maux: sa ruine et une mort tragique en 1760.(non! le 20.11.1762 selon recherches Yvonne et Denise. Né le 19.6.1730 il avait donc 32 ans A.H.)